Texte : Brigitte MOUCHEL, Douarnenez Mars 2009

 

Dans son atelier, du blanc sur les doigts et des pensées plein la tête. L’air de rien, tranquillement, tout se mélange sur la toile, dans sa tête : le ciel de ce matin, quelques mots échangés, des images du monde, des photos qu’elle apporte, des bouts de magazines glacés de bonheur.
Devant la toile, dans ses pensées, elle reprend du café en regardant le ciel de ce matin…

Elle observe.
Elle observe les gens comme une espèce fabriquée, bricolée, empêchée. Elle voudrait enlever ce qui gène : constructions, artifices. Enlever, dénuder, jusqu’au simple.
Elle observe.
On l’imagine assise sur un caillou ou postée sur le toit d’une cabane, avec son carnet, ses crayons.
Elle observe, ne comprends pas, venue d’une planète simplement verte, petit prince désenchanté.
Désenchantée.
Elle regarde l’herbe pousser entre les pavés.

Alors, elle dépose ses questions sur la toile, objets inconnus, fragiles ; ses questions, ses pensées… et dans un coin, des fleurs.

Ses toiles n’ont pas l’air, sont lumières.
On voit d’abord de la douceur tamisée, des gens qui semblent heureux, des gestes lents tranquilles, des arbres, des coins de nature fleurie, là où se reposer…
A force, une autre impression s’installe : les reflets se confondent, la lumière tourne diaphane, malaise, magazine abandonné trop longtemps au soleil. Les gens dans une torpeur, un silence inquiétant, une pâleur. Une foule presque nue en attente, qui marche presque, qui danse encore. Des gens une dernière fois. Des gens malgré eux. Des fragments de villes désertés, sans paroles, une nature étouffée qui persiste.
Des lumières jusqu’au glacial, translucide, on ne sait quoi de trouble, des vides.
Ses toiles ne chantent pas, désenchantées, silencieuses… mais dans un coin, elle met des fleurs.

Elle reprend du café devant la toile en regardant le ciel de ce matin.
Son sourire…
Les questions restent sur la toile, peaux nues.
Calme, elle met une touche de jaune vif dans le cœur d’une fleur.